Ecrir s’en fauttes… s’è-t-importan ?

Publié le

Pour les dernières générations, dont les SMS circulent dans les veines depuis leur plus jeune âge, l’orthographe n’est pas une préoccupation quotidienne. Ils ont depuis longtemps appris à communiquer avec de nouvelles règles simplifiées, codifiées, émoticônées, qui répondent avec rapidité et efficacité à leurs besoins d’échanges. Et nous devons bien reconnaître que tous sont mis sur un même pied d’égalité avec cette nouvelle forme de langage, la faute d’orthographe n’étant plus un facteur de discrimination. Rendons hommage à la réussite du SMS sur ce point. Cependant, pour tous ceux qui ne maîtrisent pas le texto, il est source d’inquiétude pour l’avenir de notre langue écrite, et de rupture du lien entre les générations. Qu’en est-il vraiment ?

Le SMS est-il une menace pour l’écriture ?

Selon une étude publiée le 18/03/14 par le CNRS, le langage SMS n’est pas un danger pour l’orthographe traditionnelle, car les élèves feraient bien la part des choses entre les deux registres d’écriture. Des observations comparatives faites entre des jeunes équipés pendant un an de téléphones mobiles et d’autres ne l’étant pas, ont abouti en fin d’étude à la conclusion que la pratique des SMS n’avait pas d’influence négative sur le niveau d’orthographe. C’est plutôt l’inverse qui se serait produit : les résultats ont montré que les meilleurs élèves se sont plus vite adaptés au langage SMS, sans perdre leur niveau dans l’écrit traditionnel. Les résultats des élèves doués dans cette matière n’ont donc pas chuté, et ceux qui ne l’étaient pas n’ont pas évolué, que ce soit dans un groupe ou dans l’autre. La « novlangue » serait de plus une occasion supplémentaire pour les jeunes de pratiquer l’écrit, davantage que pour les générations antérieures.

Mais alors, pourquoi faut-il continuer à apprendre l’orthographe ?

Le langage SMS est extrêmement vivant et mobile. Il évolue constamment et prend des formes multiples : abréviations, troncations, anglicismes, verlan, rébus typographiques, prononciation de lettres, phonétique… Utilisé non seulement dans les SMS, et surtout par les adolescents, il est pratiqué dans tout type de messagerie, sur les forums internet, les jeux en réseau, pour dire le maximum en un minimum de temps. Ce type de langage utilise des signes non universels, non reconnus et compréhensibles par tout le monde, et qui évoluent continuellement. Il ne peut remplacer l’écriture traditionnelle, stable, déterminée, aux règles strictes et complexes, mais qui contribuent à ancrer cette forme de langage dans le temps, et à assurer une transmission la plus juste possible des contenus qu’elle est sensée révéler.

Une forme d’écriture adaptée à chaque usage…

Il suffit de peu de temps de navigation sur internet pour se rendre compte que l’écriture a encore de beaux jours devant elle, tant sont nombreux les blogs, sites, forums, réseaux sociaux, qui favorisent cette forme d’échange. Si les forums et les réseaux sociaux se prêtent plus facilement au langage texto, l’écriture traditionnelle reste de mise sur les sites et les blogs. Preuve s’il en faut que les adolescents ont bien compris les limites de la langue SMS puisqu’ils ont adapté avec discernement l’usage des différents registres de l’écrit selon le support de communication choisi.

Par ailleurs, il semble effectivement plus raisonnable, dans certains secteurs d’activité sensibles, d’utiliser le registre de l’écrit traditionnel pour une fiabilité sans faille des contenus… Imaginez-donc des textes de loi sous forme de textos ou une ordonnance médicale rédigée en cyber langue ? De même qu’au quotidien, écrire à une administration, rédiger son C.V., enseigner… serait particulièrement compliqué et source de mauvaises interprétations ! D’où l’importance de règles bien établies et respectées pour maintenir sur la durée un langage commun, sécurisant, fédérateur et compréhensible de façon quasi universelle.

A mnios que tuot clea ne vuos pssairae spreulfu ? 😉

(A moins que tout cela ne vous paraisse superflu ?)

Evelyne RAFFIN